Quel frimeur

Je suis si parfait.
Quand je me vois dans un miroir, je prends toujours le temps de m'admirer.
Je sais que j'ai du talent et des qualités, et je ne rate pas la moindre occasion de les vanter.
Une perfection, je vous dit. Rien à changer.
À part peut-être un ou deux trucs.
Peut-être sept.
Douze.
Une infinité ?

Je vois mes qualités mais aussi mes nombreux défauts. Il fut un temps où je ne voyais que ceux-là.
Ce n'étaient pas des jours heureux, presque aussi tristes que maintenant.
Je suis un incapable.
Incapable de faire quoi que ce soit correctement ou sans casser quelque chose.
Merde ! Même respirer je suis pas foutu de savoir le faire normalement.
Les voies pour mon avenir m'effraient, et je préfère m'arrêter là plutôt que de progresser.
Car en progressant, je régresse.
Mais en ne faisant rien, je régresse également.
N'y a-t-il donc aucun moyen d'évoluer dans sa vie ? Où est notre erreur ici ?
Si l'on avait construit d'autres règles plutôt que celles-ci, à quel point serions-nous différents ?
Je ne pense pas être la seule source de la ruine que je suis.
Le monde est bien pourri lui aussi.

En attendant une vraie solution, je prétends m'adorer.
Je dois dire que ça fonctionne, j'ai l'impression de pas totalement être une ordure.
Peut-être une ordure parfumée.
Je dis être parfait pour ne pas penser être une honte.
Quel frimeur ! me dit-on souvent.
Si nos règles ne nous racontaient pas qu'il est mal de s'aimer soi-même, me dirait-on cela ?
J'en doute.

Pour mon manque de confiance en moi.
Pour ma baisse d'estime de moi.
Pour toutes les personnes sur Terre qui ne peuvent pas se trouver parfaites quand elles le sont.
J'en veux au monde.